Potomitan

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Annou voyé kreyòl douvan douvan

PETIT LEXIQUE DU CRÉOLE HAÏTIEN
2nd. ed. 2005
par Emmanuel W. Vedrine
(revisé & edité par E. W. Védrine, juin 2005)
© 1995, 2005 Emmanuel W. Védrine
E. W. Védrine Creole Project, Inc.
Boston, Massachusetts (USA)
Revised & edited by Emmanuel W. Védrine, June 2005

First published in 1995
Publisher: Orèsjozèf Publications
Randolph, Massachusetts (USA)
ISBN: 1-88 55 66-11-5

Note: French Creole dialects, French-based Creoles, Haitian Creole,
Haitian Linguistics, Haitian Literature, Historical Linguistics.

  boule

A | B | CH | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | Y | Z

P R É F A C E

Depuis longtemps, Mango Dyesifò, à travers le hepdomadaire Haïti Progrès, a entrepris de répertorer les termes créole spécifiquement rares et modernes. Le linguiste, Emmanuel Védrine, a essayé de regrouper cette minitieuse recherche pour venir à bout de ce travail. Nous espérons d'autres éditions à venir pourront augmenter ce travail pour que le créole s'enrichisse de nouvelles expressions. Cet ouvrage compte plus de 400 vocables environ, choisis parmi les vieux et les plus recents mots en usage où les expressions imagés, recueillies d'une part dans le milieu haïtien.

Il n'y a rien définitif dans ce lexique. Le public comprendra que dans ce genre de travail il y aura quand même des oublis… Espérons que la prochaine édition comblera les lacunes soit par l'addition des vocables, soit en entendu encore le répertoire des expressions complémentaires qui viennent s'ajouter au créole pour rendre ce lexique complet possible…

-- Professeur Marc Prou, Université de Massachusetts-Boston

A B B R É V I A T I O N S 

adv. = adverbe
atr. = attribut
atr /v. = attribut et verbe
c.r = créole régional
c.ru = créole rural
exc. = exclamation
exp. = expression
dépt. = département
fém. = féminin
hom. = homonyme
interj. = interjection
l.e = langage enfantin
n. = nom
n /atr. = nom et attribut
n.f = nom féminin
ono. = onomatopée
péj. = péjoratif
prov. = proverbe
s.f: = sens figuré
t.a = terme achaïque
v. = verbe
var. = variation (dialectale), variante
v.pro. = verbe pronominal
v /n. = verbe et nom
vulg. = vulgaire
v.v = vocabulaire utilisé dans le vodou
|| = homonyme
+pro = suivi d’un pronom

RÉFÉRENCES

HAÏTI PROGRÈS (journal – rubrique: «Lang manman nou» avec Mango Dyesifò): Vol. 1 #10; vol. 3 #41; vol. 4 #10; vol. 4 #12; vol. 4 #13; vol. 4 #14; vol. 4 #16; vol. 4 #20; vol. 4 #21; vol. 4 #22; vol. 4 #23; vol. 4 #26; vol. 4 #27; vol. 4 #28; vol. 4 #29; vol. #30; vol. 4 # 31; vol. 4 #32; vol. 4 #33; vol. 4 #34; vol. 4 #40; vol. 4 #42; vol. 4 #43; vol. 4 #45; vol. 4 #47; vol. 4 # 49; vol. 4 #50; vol. 4 #51; vol. 4 # 52; vol. 5 #1; vol. 5 #2; vol. 5 #4; vol. 5 #5; vol. 5 #7; vol. vol. 5 #8; vol. 5 #15; vol. 5 #22; vol. 5 #24; vol. 5 #25; vol. 5 #30; vol. 5 # 31; vol. 5 #33; vol. 5 #34; vol. 5 #36; vol. 5 #37; vol. 5 #40; vol. 5 #41; vol. 5 #45; vol. 5 #51; vol. 6 #14

VEDRINE, Emmanuel W. 1992. Dictionary of Haitian Creole Verbs With Phrases And Idioms. Soup To Nuts Publishers. Cambridge, Massachusetts.

VEDRINE, Emmanuel W. 1996. Gramè Kreyòl Védrine (Védrine's Grammar of Haitian Creole). E. W. Védrine Creole Project, Inc. Boston, Massachusetts.

VEDRINE, Emmanuel W. 2000. Leksik kreyòl: ekzanp devlopman kèk mo ak fraz a pati 1986 

VEDRINE, Emmanuel W. 2003. An Annotated Bibliography On Haitian Creole: A review of publication from colonial times to 2000. Educa Vision. Coconut Creek, FL.

VEDRINE, Emmanuel W. 2004. Kèk plant kreyòl ak non yo an laten: Quelques plantes créoles et leurs noms en latin. E. W. Védrine Creole Project, Inc. Boston, Massachusetts.

VEDRINE, Emmanuel W. 2005. Haitian Creole D-Base: Writings By Emanuel W. Védrine. E. W. Védrine Creole Project, Inc. Boston, Massachusetts.

boule   boule  boule

A

A ! interj. exprimant l'impatience, la mauvaise humeur. A! rete trankil: Arrête!

ABITAN a-bi-tan. n. Paysan. ‘ Abitan' dekore: rustre, vaniteux, fagoté. 2. habitant, «personne qui réside habituellement dans un lieu». En créole, signification en plus: paysan. Le mot abitan, au sens de laboureur, remonte à l'époque coloniale, présisement à la période des aventuriers, dont une classe, appelée «habitant», s'adonnait au travail de la terre. (cf. Ayiti Ekran, vol. III, #.3, article: «Antèn» de Raymond Philoctète). Au Canada, habitant désigne aussi le paysan. ‘ Abitan': peyizan, moun andeyò. (péj.) mònye, moun mòn, nèg fèy.

ABIYE a-bi-ye. v. S'habiller. || dezabiye.Abiye' tankou Kongo Belizè (exp.): se vêtir de manière excentrique. Cette expression renvoie à la tribu congolaise faffolant des couleurs voyantes; on dit aussi: couleurs congo.

ABOBO ! a-bo-bo. interj. (v.v). Cri cérémoniel. Il équivaut au mot hébreu amen. On dit aussi: ayibobo !

ABONOTCHOU ! a-bo-not-chou. interj. (v.v). Du latin liturgie, ab renuntio. Formule cabalistique, ordinairement suivie de trois jets de crachat: Toufa Satan, abonotchou!. var: abwenotcho!

ADONAYI a-do-na-ji. n. (v.v). Mot sacré prononcé par le houngan ou la manbo dans les cérémonies telles que boule zen. Le boule zen est un rituel du feu, au cours duquel l'impétrant doit doit marcher sur des charbons ardents.

ADYAHOUNTÒ a-dja-houn-tò. n. (v.v). Le plus grand des trios tambours du rite rada. Il est considéré comme l'habitacle du lwa Hountò. var: adyountò.

ADYANIKON a-dya-ni-kon. n. (v.v). Celui qui assiste le houngan dans les cérémonies.

ADYOMAN ! a-dyo-man. exc. (v.v). Exclamation rituelle du rite pétro. Celle de « abobo »! s'emploie plus particulièrement dans le rite rada.

AGIDA a-gi-da. n. (v.v). Archet en usage dans certaines cérémonies vodou; on l'utilise pour battre le second tambour de la batterie rada (hountòdi).

AGO ! a-go. exc. (v.v) du fongbé: «ago», «gare»! Exclamation rituelle, qui signifie: attention! Et qui entre dans les formules: agoye, (è et sont des pronoms personnels fongbé, équivalent aux pronoms français eux et elles, au pronom créole yo).

AGWESAN a-gwe-san. n. (v.v). Scapulaire des hounsi kanzo. Ils le portent à leur sorti de la chambre d'initiation (dyevo ou gevo).

AKAJOU a-ka-jou. n. (par aphérèse: kajou. Arbre au bois rougeâatre et très dur (Swietenia Mahogani), de la famille des méliacées. Le bois, qui reçoit un beau poli, est utilisé dans la fabrication des meubles. L'écorce de la tige et les feuilles entrent dans la composition d'un remède contre la diarrhée et la dysenterie. L'acajou consiste pour la petite industrie haïtienne une source appréciable de revenues. Le terme kajou entre dans une expression créole courante: fanm se ‘kajou', ce qui veut dire: la femme déchue se réhabilite facilement. Equivalent de: fanm gen sèt so. Fanm se ‘kajou', li pa janm pèdi bonè l (prov.).

AKASAN a-ka-san. n. Quand notre collaborateur Mango Dyesifò entema «Lang mannan nou», une rubrique qui contribue si savoureusement à enrichir la connaissance de notre langue nationale, il porta son choix sur le terme «akasan». Nous reproduisons, plus particulièrement pour nos lecteurs en Haïti, cet article paru dans notre édition du 15 au 21 mai 1985.

Dans mon enfance, je me demandais, avec une pointe de honte, pourquoi, parmi tant de beaux prénoms, mes parents m'ont coiffé de celui de Mango. Que de taquineries ça m'a values! Typiquement indigène, soit mais extrêmement cocasse. L'âge aidant, j'en ai conçu en fin de compte une certaine fierté, au point que c'est sous mon original prénom de Mango que j'inagure, comme annoncé, ma série d'articulets sur de vocables creoles. -- Je commence, si vous voulez, par le mot akasan. Définition: sorte de brouet de maïs moulu.

Quel d'entre nous, du temps qu'il était en Haïti, n'en raffolait? Les gens pas très jeunes, qui ont vécu à Port-au-Prince dans les années 40 se rappellent l' akasan hygiénique Langlois qu'on promenait chaque soir, dès six heures, qui se servait chaud et continuait pour les petites bourses un souper de famille bien vitaminé. Par la suite, on a eu Akasan Louis, très savoureux, qui s'accompagne de biscuits au manba (beurre de pistache). Avant de s'installer rue Montalais, Louis Akasan avait monté une petite boutique non loin de la ruelle Piquant. Cette vielle maison en bois ne désemplissait pas et était devenue en janvier 46 le rendez-vous de jeunes révolutionnaires. On parlait de Lescot Tête Chatte tout en dégustant son akasan. Un soir d'effervescence Etienne, homme dur, professional du bâton, entra en coup de vent dans la masure. Les fougueux adolescents prirent leurs jambs à leur cou, laissant à leur corps défendant les bonnes bouteilles pleines sur les tables.

Nourriture populaire, l' akasan est aussi un aliment rituel. Il est employé dans certaines cérémonies vodou, comme le « boule zen », le « manje marasa » et le « lave tèt » et est très recherché par le mystère voudou, Mam'zelle Charlotte, d'origine européenne, qui s'explique qu'en français.

Il est très difficile de donner des precisions quand à l'étymologie du mot akasan. «Etymologie implique connaissance précise de l'origine des mots…» (Yves Déjean), Dilemme en Haïti: Français en peril ou peril en français). Akasan dériverait d'un mot africain arkasan, bouillie de petit-mil ou de riz. Je n'affirme donc pas, sachant la sévérité des critiques. Au moindre akasan, sirop!

ALÈZ ! a-lèz. atr. Être à son aise. ‘ alèz ' kòm Blèz (exp.). Pour renforcer: ‘ alèz ' kòm Blèz sou yon chèz san pinèz arebò yon falèz.

ALSIYIS al-si-yis. n. (considéré comme très trivial). Sorte de gémissement dans les plaisirs sexuels et qui rappelle le bruit produit par la succion d'une tige de canne à sucre. alsiyis ' (exp.). Sispann fè ‘alsiyis' ak kann nan pitit!.

AN !.interj. marquant l'étonnement.

ANHAN an-han. exc. (mot d'origine indienne). Affirmation ou négation, selon la mimique de celui qui le prononce. || an-an !

ANSENT an-sent. atr. Enceintre, être enceintre. syn: gwòs (vulg.), gwovant. On dit aussi: an plèn senti, abyenfè, ap fè debon. Ironiquemant, pour dire que quelqu'un a engrossé une femme: mouche plen bòl fanm nan.

APA ! a-pa. exc. Tiens! Tiens! Voilà que…. Apa li pati! (surprise – Voilà qu'il est parti!).

ARÈT a-rèt. n. (v.v). Cordonet rempli de noeuds, attaché au bras d'un enfant pour, selon la croyance, le protéger contre les forces maléfiques.

ASAN a-san. n. (v.v). Sorte de crécelle avec une clochette.

ASON a-son. n. (v.v). Crécelle faite du fruit du calabassier (calebasse) et à laquelle et à laquelle on attribute un grand pouvoir mystique. L' ason, dont le bruit, cabalistiquement, évoque celui de la pluie est orné de perles de verroterie et de vertèbres de couleuvre. Considéré comme dénué de pouvoir mystique, il est alors appelé par les houngan « bèl flè san zodè ». Contraire: ason ginen.

ASOTÒ a-so-tò. n. (v.v). Le plus haut des tambours rituels. Il mesure de 1m40 à 2m. Considéré comme la matérialization du mystère Asotò Micho Tokodoum Vodoum, il passé pour avoir un grand pouvoir mystique.

ASOUPI a-su-pi. n. Léger sommeil. syn: kabicha.

AWÈSAN a-wè-san. n. (v.v). Sautoir de soie des hounsi kanzo.

 

B

BABANKOU ba-ban-kou. n. (du nom d'une famille bourgeoise haïtienne), issue probablement du colon français Barbancourt (voir Jean Fouchard, Les Marrons de la libert é, pp. 306). Appelation d'une variété de rhum d'Haïti. Très connu tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, il existe depuis 1862. Le rhum babankou est en honneur dans les services vodou. On l'offre entre autres au «lwa Ogoun». Quand un navire est dangeureusement balloté par les flots, les matelots, s'ils sont de vrais vodouisants, lancent à la mer une bouteille de rhum pour apaiser (c'est la croyance) la colère de Maître Agwe (équivalent de Neptune). En médicine populaire, le babankou entre dans certaines préparations, comme le punch aux oeufs, indiqué contre l'asthénie, et compose de rhum, de lait, d'oeufs battus, de sucre, de canelle, etc. Certains noms de personnes, comme c'est le cas pour Barbancourt, sont restés attachés à tels aliments ou à telles boissons: dous Makòs (Petit Goâves), pate Madan Maxi, Kola Sejoune (ou Sejounen). Akasan Louis (Port-au-Prince) etc…

BABCHAT bab-chat. n. Poisson d'Haïti (Polynomus viriginicus).

BAB PAYÒL bab pan-yòl. n. (plante) (famille des broméliacées, Dendropogon usneoides). La médicine empirique haïtienne l'utilise comme fébrifuge. Cette plante est aussi un vulnéraire et un hémostatique. Elle pourrait servir, en outre, à la fabrication du papier de luxe.

BADIMBIDIM ba-dim-bi-dim. ono. Du bruit d'une dégringolade.

BAF.n. Giffle.

BAK.n. Utensile de bois pour la vente et le colportage des merchandises. 2. Bateau plat servant à traverser les rivières: ‘ bak ' Lagrandans. Autrefois, bac en usage sur la Grande-Anse. Note: Au temps de la colonie, il fut établi par M. Branchu, à qui Maillart et Larnage permirent, le 5 novembre 1744, d'exiger telle ou telle somme pour le passage des maîtres, des esclaves et des homme libres. De cette époque à 1896, et de 1936 à 1950, on traversait la Grande-Anse dans un bak; d'où la dénomination de Obak donnée jusqu'ici aux campagnes environnantes.

BATIMAN ba-ti-man. n. Navire. Pris dans ce sens, le mot batiman remonte à l'époque coloniale. A Saint-Domingue, les esclaves bossales qui avaient voyagé à bord du même bateau négrier se traitaient les uns les autres de «batiman». Le terme batiman désigne tant les embarcations à voile que les navires de fort tonnage.

batri ba-tri.n. (du français batterie). «Rangée de canons sur le pont d'un navire» (Larousse). 2. En électricité, «groupement de plusieurs appareils (accumulateurs), piles, condensateurs, etc.) disposés en série ou en parallèle».

BAY.v. (du vieux français: «bailer», emprunté au latin bajulare, fin XIe siècle-XVIIe s., ou du wolof: «ba»). Donner, céder, mettre en main. ‘ Bay ' bòs la ven pyas: Donnez à l'ouvrier vingt piastres. Devant un pronom personnel, complément d'attribution, on dit «ba» au lieu de «bay». Exemple: Pa ba li tafya, li deja tou sou (Achille Paris, chanteur).

BÈBÈDÈK bè-bè-dèk. n. Tape-à-l'oeuil.

BAGA be-ga. n. Testicule de boeuf, de cabri, etc. Il entre dans la préparation de sandwiches et sert de stimulant aux ivrognes.

BENNITYE ben-ni-tye. n. Bénitier. Note: autrefois, on pouvait voir dans l'église de Jérémie un étrange bénitier, fait d'un block calcaire de 2 pieds de haut sur 15 pouces de diamètre. Oeuvre des Aborigènes (probablement), ce bloc, trouvé à Fond-Rouge, avait été creusé et transformé en bénitier. Il était surmonté de 4 femmes nues, assises, les mains étendues sur les cuisses. En 1893, ce bénitier fut envoyé, à titre de curiosité exotique, à l'exposition de Chicago où le ministre Preston représentait Haïti. var: benitye.

BIBI bi-bi. atr. (l.e). Malade.

BIGAY bi-gay. n. Insecte très petit, aux piqûres douloureuses (culicoïdes furens Poey). Insectes à morsure douloureuse. Ainsi s'appelait un journal humoristique et satirique fondé en 1876 par le poète Oswald Durand.

BIGOTE bi-go-te. n. Moustache fine.

BIP !.ono. marquant le bruit cause par la chute d'un corps.

BISKÈT bis-kèt. n. Appendice xyphoïde. ‘ Biskèt ' tonbe, maladie courante (en Haïti) qui s'accompagne de fièvre, de vertige et de vomissements. Elles est traitée par les matrons qui passent pour pouvoir rétablir l'appendice à sa position normale.

BIZNAW (KAKA BISNAW) biz-naw. exp: anyen menm. syn: pwèlyèm. Pa manke yon ‘kaka biznaw' pou li pran pouvwa a nèt.

BLÒK n. (du français, bloc) «Masse considérable et pesante». 2. «Ensemble de feuilles de papier collées sur leurs bords et facilement détachables». 3. «Ensemble solide dont toutes les parties dependent les unes des autres». 4. «Groupement de parties politiques, d'état, liés par des intérêts ou des idéaux communs». Sens populaire: prison (envoyer un voleur au bloc). 5. «Pâté de maisons». 6. «Groupe de maisons isolés par des rues») et parpaingre: «élement de construction (pierre, aggloméré, etc.) qui traverse l'épaisseur d'un mur». Il y a lieu de remarquer que le créole utilise couramment une expression imagé, au s.f: chita sou yon ‘blòk' glas (rester impassible).

BLOUKOTOUM blou-kou-toum.ono. produisant le bruit d'une chute: tonbe blokoutoum. Ce mot est d'origine coloniale. On le trouve sous la plume de Moreau de Saint-Méry, historiographe de Saint-Domingue.

BOBORI bo-bo-ri..n. Sorte de galette populaire, faite de farine de manioc. Les habitants de Jérémie l'appellent aussi: pate kalas.

BOKIT bo-kit.n. (de l'anglais bucket, seau). Récipiant en fer-blanc pour transporter de l'eau.

BÒS.n. (de l'anglais bus: autobus). Autrefois, voiture légère, hippomobile, de fabrication américaine. Le bòs a disparu des rues de Port-au-Prince, dans les années 1940. Paul Delage l'a décrit dans Haïti en 1886. Moyen de transport des petites gens en particulier, il était aussi très recherché des tourists. Le conducteur était désigné sous le nom de «bòsman». Cette appellation anglaise s'explique par le fait que ces cochers étaient, pour la plupart, des Jamaïquains. Les «bòsman» étaient l'objet de taquineries de la part des gamins: « Bòsman fo kole sire kawotchou plat ».

BOUBOUY bou-bouy.n. Breuvage délicieux que fournit le corosol. Dans certaines régions d'Haïti, on dit: bouboul. On trouve le mot «bouboul» dans Le livre des Boissons de Carl Brouard: «La belle Jane déguste un boubouy odorant et délicieux».

BOUDEN bou-den.n. (du français boudin): «boyau rempli de sang et de graisse de porc assaisonnés», «spirale d'acier» (resort à boudin)… En créole, bouden s'emploie comme en français, au sens de «boyau remplie de sang et de graisse de porc assaisonnés»: achte bouden kochon nan mache. 2. Au s.f:, il est pris pour mensonge: bouke bay moun ‘bouden'! On dit aussi, dans le sens de «bluff»: sa se yon ti pye kochon san grès. ‘Bouden' gri est une expression injurieuse, servant à designer un individu méprisable: espès de ‘bouden' gri!

BOUKI bou-ki.n. Personnage folklorique haïtien, symbolisant la sottise, la naïveté. Sèjousi, tout nèg wè klè; ‘Bouki' fè retorik. Bouki semble tirer son nom du wolof. Pour Price-Mars, ce nom est probablement une déformation de «Bouriqui», appellation d'une tribu de la «Côte des Graines», au 17ème siècle. L'histoire de Bouki fut écrite pour la première fois en Haïti par Alibée Férv (1818-1896), auteur des «Essais Littéraires». Bouki, qui fait l'objet de nombreux contes populaires et qui figure d'ailleurs dans le folklore des «créoles» du Missouri (Etats-Unis), a inspiré plus d'un dramaturge haïtien. La pièce de Franc Fouché: «Bouki nan paradi», représenté à Port-au-Prince en 1976 et en 1977, a connu un grand succès. A l'opposé de Bouki se trouve Malis.

BOULA bou-la.n. (v.v). Le plus petit des trois tambour de la batterie rada (on dit aussi: tanbou lelede). A «Nan Kanpèch» qui est un haut lieu du vodou (Nord d'Haïti), il prend le nom de doudou.

BOUMBA boum-ba.n. (peut-être de l'indien caraïbe). Pirogue des anciens aborigènes d'Haïti. Boumba s'emploie dans l'expression: nan boumba. Exemple: Mwen nan boumba (Je suis dans une situation difficile).

BOUNDA boun-da.n. (vulg.). var: mounda. Pris au sens de fesses, a lui aussi, son “histoire”. Considéré aujourd'hui comme une partie obscene de notre anatomie, il passait pourtant autrefois, pour pouvoir jouer, en certains cas, un rôle à caractère religieux. C'est ainsi que dans l'Allemagne de jadis, par temps d'orage nocturne, femmes et hommes, les fesses entièrement nues, passaient par la porte principale de leur maison, espérant conjurer ainsi les forces diaboliques et écarter les dangers de la foudre. Les forces féminines exercent, en outre, sur les males, un pouvoir de séduction, surtout quand elles sont grosses et grasses. En Haïti, « Wi fout, gad yon dèyè-ka!». En Italie, maints hommes ont la mauvaise habitude de pincer, dans les rues, les deux hémispheres des passantes pour leur exprimer l'admiration qu'ils leur vouent. On distingue en Italie trois sorte de pincements que nous nous bornerons à citer (les lecteurs calés en musiques comprendront): le pizzicato, le vivace, et le sostenuto. Certaines femmes se flattent de ces pincées au bon endroit et parfois jusqu'à en faire aux hommes; d'autres, au contraire, maugréent des injures, s'énervent contre ce crime de lèse-dada. Dada, notez est une expression créole, enfantine, employée en Haïti par les adultes très délicats pour adoucir ce qu'ils croient être, par préjugé de langue, une crudité choquante, une gravelure: bounda

BOURIK bou-rik.n. Individu grossier, malotrou.

BOUS.n. Balistes vetula.

BOUVAZ bou-vaz.n. (c.r - terme employé à Gressier, department de l'Ouest). Purge administré au bébé. Composé de noir de fumé, de bourgeons de mombinier (spondias mombin), etc, elle aide à l'évacuation du « goudron » (selle noirâtre).

BOUZEN bou-zen.n. (vulg.). Prositituée. Ce terme marque le mepris dans lequel sont tenues chez nous les prostitués, car il n'existe pas en créole de terme objectif qui caractérise le phénomène de la prostitution en tant que tel, sans connotation pejorative. syn: awonna, fanm kolokent, jenès, kaprina, lafrechè, manjèdkòd, piten, manje gason, tipiyay, manman piman.

BOWÒM bo-wòm.n. Dans les sociétés sécrètes sanpwèl, celui qui est chargé d'éprouver les initiés. Les yeux bandés tout au cours des épreuves physiques et de l'interrogatoire auxquels ils sont soumis, ces postulants doivent prouver qu'ils sont à même de garder les secrets de la confrérie.

BRA.n. Bras. Kase ‘bra' (exp.): décourager, disarmer moralement. Nouvèl asasina Chalmayperal la te kase ‘bra' tout patriyòt ayisyen (la nouvelle de l'assasinat de Charlemagne Péralte avait désarmé tous les patriots haïtiens).

BRAK.atr. Légèrement sucré: chokola a ‘brak'. L'attribut brak a formé le verbe transitif «brake»: sucrer légèrement. var: bwake.

BWA.n. Bastonnade. syn: makak, pli makak, maton, plich. Ba li ‘bwa' chofè (exp.) pour dire à un chauffeur d'accélérer.

BWA FOUYE bwa-fou-ye.n. Équivalent de pirogue. Par extention, et par ironie, camionette publique assurant le transport de Port-au-Prince à la commune de Carrefour.

BWÈT.n. Boite. Kaka rat dèyè ‘bwèt' (exp.): beaucoup de bruit pour rien; foutaise. Équivalent de: bri sapat! ou encore: bounda nini!. Blan ‘bwèt' (exp., c.r - Sud): jadis, petit commerçant arabe qui irait de porte en porte avec sa merchandise dans une boîte pour la vendre.

 

CH

CHABEN cha-ben.n. (c.r, terme utilisé à Jéremie). Homme au teint clair et aux cheveux crépus. Fém: chabin (pour renforcer: chabin dore). Sens français: sorte de mouton de laine grossière de l'Amérique du Sud et qui passait pour être un métis de brebis et de bouc. De là, probablement, le mot créole chaben. syn: grimo. (fém: grimèl).

CHADÈK cha-dèk.n. (de l'anglais) «shaddock». Fruit du pamplemoussier (rutacées, citrus decumana). Riche en vitamine «C» et «P». Il contient du magnésien, du fer, du glucose… Il est employé en confiserie. Antimicrobien, il est aussi un aperitif. var: chadèt.

CHAJE cha-je.v. Charger. 'Chaje' kon Lapolòy (exp.). Cette expression qu'il faut traduire par «chargé comme la Pologne» (excessivement chargé) et qui est l'équivalent du créole « chaje kou Legba » est souvent employé par nos écoliers, candidates au baccalauréats: « Mwen gen bon bèt sou mwen. Mwen ‘chaje' kon Lapolòy ». On la trouve aussi sur les livres de maintes gens qui, sous le coup de colère, s'apprêtent à dire à quelqu'un son fait: « Mwen pral pou li; mwen ‘chaje' kon Lapoloy ». Elle réfère à l'histoire de notre pays.

A Saint-Domingue, il y avait dans l'armée expéditionnaire de Bonnaparte 4.787 soldats polonais, envoyés de la colonie pour guerroyer contre les Noirs, sous le commandement du general Jan Henryk Babrowski. Au lieu de combattre l'armée indigène, ceux de la 3ème brigade notamment se rangèrent à ses côtés, à la grande stupefaction des Français. Après l'indépendance, Dessalines, pour récompenser ces Polonais, leur octoya la qualité de citoyens haïtiens.

On les trouva à Cazale, à Salut, à St Jean du Sud, Fond des Blancs, la Vallée de Jacmel, etc. descendants de ces guerriers se rencontrent encore dans ces localités – Le nombre imposant de Polonais dans l'expédition, et surtout leurs armes perfectionnées donnèrent lieu à cette expression: ‘chaje' kou Lapolòy.

Quiconque voudrait en savoir plus peut consulter «Présence polonaise en Haïti» de Laurore et de Frère Enel Clérismé, ou «La participation étrangère à l'expédition de Saint-Domingue» (par Marcel et Claude Bonaparte Auguest)…

CHAM.n. Sortilège, poudre ou breuvage magique, qui passé pour avoir la vertu de séduire. Exemple: miskaden, poud fò w vle. syn: wanga.

CHANKRE chan-kre.v. Prendre une autre direction: chancre agoch. Serpenter, en parlant d'un chemin.2. atr. Se dit du front dégarni de cheveux.

CHAPIT cha-pit.n. (du français: chapitre) «Division d'un livre, d'un traité, d'un code…». En créole, signification en plus: «discussion». Nan reyinyon an te gen yon ‘chapit' sou afè konstitisyon an.

CHAPLÈT cha-plèt.n. Gros bâton.

CHAT.n. Chat, chatte. 2. Voleur, kleptomane, déprédateur. Pour renforcer: chat 2 pye, chat dis dwèt.

CHEN.n. Chien. ‘ Chen' pa janm mòde pitit li jouk nan zo (prov.): Le chien ne mord jamais ses petits jusqu'aux os. C'est-à-dire: ceux qui vous aiment ont toujours tendance à vous protéger. var: chyen.

CHICH.atr. Chiche. syn: peng, sirik, kras, kourèd, tikoulout, do kiyè, men lou. Expression appliquée à une personne qui ouvre difficilement sa bourse. Li gen rimatis nan men; li gen lakranp nan men (il, elle est chiche). Pour renforcer: ‘chich' kou do kiyè fè (être très chiche). || onèt, onnèt.

CHÒLPIS chol-pis.n. (du français: «chaude-pisse», vulg.). Blennorragie. syn: Ekoulman, grannchalè. Cette maladie vénérienne remonte à l'antiquité la plus reculée. On l'avait signalée chez les Egyptiens. Par ailleurs, le roi d'Assyrie, Esarhaddon, en aurait été attaint. En Haïti, elle est encore répandue, malgré la diffusion massive des antibiotiques. La médicine empirique haïtienne la traite en utilisant le jus de persil, l'écorse de trompette, les raciness d'aubergine et de verveine puante.

CHOUKÈT chou-kèt.n. Billot de bois qui, autrement, dans les campagnes d'Haïti, servait d'appui à une femme au moment de l'accouchement. 2. Personne de petite taille, nain. L'un des nains haïtiens les plus connus fut «Ti Jean Pantal» (de feu Pantaléon Guillaud). Actuellement, on rencontre dans une région d'Haïti, située entre Pilate et Plaisance, un grand nombre de choukèt, ayant pour aïeul Chéri Balancier, dont la taille ne dépassait pas 1m15 (Le Nouvelliste, 10 août 1976).

CHWAL.n. Cheval. ‘ Chwal' ki gen dis mèt mouri nan poto (prov): Le cheval qui a plusieurs maîtres, meurt au Poteau. C'est-à-dire: quand il se trouve plusieurs personnes pour accompli rune besogne, ce travail est négligé.

 

D

DEBACHI de-ba-chi.n. (c.r, terme particulier à la Plaine du Cul-de Sac). Personne infortunée.

DECHALBORE de-chal-bo-re.v. Mettre en lambeaux. S'emploie aussi pour: déflorer, faire perdre sa virginité. syn: kreve (vulg.), pèdi, pete filè (vulg.).

DÈT.n. Dette. Fè ‘dèt' m a peye (exp.): s'emploie, par plaisanterie, à propos d'un derrière de femme proéminent. Fi a anfòm. Lè l ap mache, dèyè l di: fè ‘dèt' m a peye.

DEZIPE de-zi-pe.v. Ouvrir une fermeture à glissière. || zipe.

DIGONNEN di-gon-nen.v. Aiguillonner. syn: dige, djige, pike.

DILATASYON di-la-ta-syon.n. Avortement provoqué. La médicine empirique haïtienne utilise à cet effet l'écorce d'acajou. Dû au sous-développement ou à la crainte d'une déchéance sociale (quand la fille enceinte n'est pas sure que le jeune homme se mariera… ou lorsqu'une femme adultère porte un enfant qui n'est pas l'oeuvre de son mari), la dilatasyon est condamnée comme criminelle par le Code Pénal Haïtien (article 262).

DISTRÈ dis-trè.atr. Distrait, « peu attentive à celui qui se fait ou à ce qui se dit ». Verbe: « détourner l'espoir de ce qui l'occupe. Divertir ». En créole, signification en plus: timbré, maboul (tòktòk, moun ki pèdi lòlòy li, ki manke yon fèy).

DLANDE dlan-de.n. (v.v). Mot sacré prononcé par le houngan ou la manbo dans des céémonies telles que le « boule zen ».

DOUKOUNOU dou-kou-nou.n. Pain de manioc. dyn. bobori, pwès.

DRAPO dra-po.n. Drapeau. Kenbe bwa drapo (exp.): garder sa dignité en dépit de tout.

 

E

ENDONT en-dont.atr. Rebelle, réfrataire. Nan koloni Sendomeng, te gen anpil nèg ‘endont': Dans la colonie de Saint-Domingue, il y avait beaucoup de nègres rebelles. Le mot ‘ endont 'dérive du français «indompté». Remarquez la variation par apocope.

ENKOUTAN en-kou-tan.n. Personne têtue, qui ne suit pas les conseils. syn: ekoutab, tèti.

ÈSDE ès-de.n. Membre du S.D (Service de Dépistage: police politique des Duvalier). Le mot èsde, formé à partir des initiales (S.D), est passé dans la langue créole. Ex: Nèg sa a, se yon ‘èsde': Ce type est un membredu S.D. Note: Crée par François Duvalier, le S.D avait pour but d'espionner les Haïtiens tant ceux de l'intérieur que de l'extérieur. Constitué au début par des cagoulards, dont Clément Barbot, Eloïs Maître, Luc Désir, etc., il arrêtait, tuait, à la faveur de la nuit, des citoyens tranquilles, considérés comme opposants au régime. Aux environs de 1970, Breton Claude, alors commandant des Casernes Dessalines, fut placé à la tête de cette institution, assisté de Luckner Cambronne et de Lud Désir. Papa Doc décédé, le S.D. fut dirigé par Luc Désir et supervisé par Lucner Cambronne… En 1974, le colonel Jean Valmé assuma la direction de cet appareil répressif de l'État haïtien et s'adjoignit deux autres colonels-tortionnaires: Emmanuel Orcel et Albert Pierre (Ti Boulé). Par la suite, Jean Valmé fut remplacé par Albert Pierre. Situé d'abord dans les caves du Palais presidential où il disposait d'une chambree tortures, le S.D fut ensuite transféré aux Casernes Dessalines. Budget mensuel de cette institution: $200.000. Sans compter l'aide reçue des agences spécialisées étatsuniennes. Le S.D était devenu la terreur de la population. ‘ Èsde' kouri ak yon nèg yèswa: le S.D a arêté quelqu'un hier soir.

ESPYON es-pyon.n. Espion. syn: rapòtè, soumaren, senkyèm kolòn.

ESTEBAK es-te-bak.n. (c.r - Abricots, department de la Grand-Anse). Sarclage du cimetière, la veille du Jour des Morts. Ce mot est probablement une transformation du nom propre «Spechbach». Jean Conrad Baron Spechbach (1727-1786) était un officier Suisse, d'origine allemande. Il commandait en 1773 les milices du quartier de la Grand-Anse. Une région de la Grand-Anse porte son nom.

  boule

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