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Mahashivaratri 2007
Inde ô l'heure décalée

éléphant

Jean S Sahaï

inde

Inde ô l'heure décalée, du souvenir ancestral je commémore le sang,  l'ancêtre le banni. J'implore dieux, déesses et dévas -- réconfortez  celui qui jubilait mais qui découvre sous la beauté factice d'un  corps donné en héritage des sévices enfouis, timidité transmise,  docilité bafouée, et autres perditions.

Murmures qui ruissellent dans le sang hérité, oubli qui étincelle  face aux parade d'autres, recel de l'histoire : forces qui jugulèrent  pour un candi de sucre, tranche de survivance, voyage et arrivée,  implantation en canneraie, déprédation de vérités originelles, mises  à sac de corps et âme, dates, chiffres.

Inde ô l'heure décalée, le siècle s'allongea et oublia la descendance  qui naquit et prospéra en d'autres termes. Sauf que le gène, la peau,  les traits, ô chevelure portée en biais contre les murs rasés,  différence éhontée, tant qu'on en réchappait, donc que l'on enterrait  différence d'âme, souffle d'esprit.

Car sourds et simplifiés devinrent ces tambours qui se cachaient,  clandestins résonant en sourdine et ne resta dès lors que l'essentiel  et moins encore, ce désir de retour en terre-mère, invocations  cassées nourries en cachette par l'encens qui montait, petit benjoin  fumigant, fulminant loin de Ganga safran.

Inde ô l'heure décalée, tu nous revins mais nous avons écopé et  t'avons distribuée. Et nous t'offrons tous nos mélanges et nos  sauces. Par ta croyance, Mère du monde, accepte si ceux des anciens  tiens ne sont plus que les tiens: des rivières ont charrié nos sueurs en cannes, faisant de nous peuplade à rêves.

Mais tintèrent cymbales, respira matalon, tapous on réchauffa. Sublimés quoique oubliés, quoique visibles, sons de la langue des  noms gardés, noms donnés, corps échangés, ce mélangé français, créole  du parcours, tamoul pour samblanni, hindoustani nâdrons de nuit, tout  éclaté, parsemé en vents...

Inde ô l'heure décalée, nous te portons en nous, te recherchons en  toi, ne t'ayant point connue, pourtant tu es la Mère. Tu es la terre.  Tu es le lointain horizon, archétype tu restes, nos errements  modernes tu partages. Tu viens à la rencontre: dis-le moi, combien  de ceux qui s'envolèrent d'icîles renaquirent là-bas?

Jean S Sahaï.
8 mars 2006, inédit.

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