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2012, Centenaire de la naissance de Léon Gontran DAMAS Lonnò-Rèspé pou Léon Gontran Damas Il n'est plus bel hommage | Savoir-Vivre | Solde | BLACK-LABEL À BOIRE | Pour sûr | Il est des nuits | |
21zyenm simenn
dimanch 20yé
sanmdi 27 mè 2012
Non le vent
Non le Vent
qui en fausserait
le sens
contre la vitre
Mais la Pluie – Elle
improvise un poème
avec
fins moulus
à mesure
du rythme martelé
des six maîtresses mains
de
mâles
nègres
les mots-clé du langage
d’une langue lavée
au pied de l’un des trois sauts du Fleuve
en souvenir de ce qui fut au départ de Gorée
et demeure un cauchemar dont les mange-mil
ont de quoi se bâfrer.
Poème inédit de Léon Gontran Damas
(In Daniel Racine, Léon-Gontran Damas. L’homme et l’œuvre, Paris, Présence Africaine, 1983, p. 139)
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20zyenm simenn
dimanch 13yé
sanmdi 19 mè 2012
T’en souvient-il
Le Blanc à l'Ecole du Nègre
tout à la fois
gentil
docile
soumis et singe
Jamais le Blanc ne sera nègre
car la beauté est nègre
et nègre la sagesse
car l'endurance est nègre
et nègre le courage
car la patience est nègre
et nègre l'ironie
car le charme est nègre
et nègre la magie
car l'amour est nègre
et nègre le déhanchement
car la danse est nègre
et nègre le rythme
car l'art est nègre
et nègre le mouvement
car le rire est nègre
car la joie est nègre
car la paix est nègre
car la vie est nègre
T’en souvient-il ...
(Léon Gontran DAMAS, extrait de BLACK-LABEL, p.-p. 51-52, Gallimard)
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19zyenm simenn
dimanch 6yé
sanmdi 12 mè 2012
Bouclez-la Bouclez - Bouclez-la Un mot Paix-là Paix-là
|
Kawka-sèk Kawka- Kawka-sèk Renk wichi-wichi Kawka-sèk Kawka-sèk Kawka-sèk (Amòrfwazaj, Tijé, mwa di mé 2012) |
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18zyenm simenn
dimanch 29yé avril
sanmdi 5 mè 2012
Rappel
Pour Richard Danglemont
Il est des choses
dont j'ai pu n'avoir pas perdu
tout souvenir
Et brimades en bambou
pour toute mangue tombée
durant l'indigestion
de tout morceau d'histoire de France
Et flûte
Flûte de roseau
jouant sur les mornes des airs d'esclaves
pendant qu'aux savanes
des bœufs sagement ruminent
pendant qu'autour
des zombies rôdent
pendant qu'ils éjaculent
les patrons d'Usine
pendant que le bon nègre
allonge sur son grabat dix à quinze heures d'Usine.
(Léon Gontran DAMAS, Pigments, 1937)
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Reminder
Ford Danglemont
There are some things
of which I was able not to lose
all memory
And bullying in bamboo
for every fallen mango
during the indigestion
of every bite of the history of France
And flute
Reed flute
playing slaves’ airs on the mornes
while in the savannahs
oxen ruminate wisely
while around
zombies lurk
while the Factory owners
ejaculate
while the good negre
lays down on his pallet ten to fifteen Factory hours
(Translation by Alexandra Lillehei, "Pigments in Translation",
A thesis submitted to the faculty of Wesleyan University, Connecticut April, 2011)
17zyenm simenn
dimanch 22yé
sanmdi 28
avril 2012
Shine
Pour Louis Armstrong
Avec d'autres
des alentours
avec d'autres
quelques rares
j'ai au toit de ma case
jusqu'ici gardé
l'ancestrale foi conique
Et l'arrogance automatique
des masques
des masques de chaux vive
jamais n'est parvenue à rien enlever jamais
d'un passé plus hideux
debout
aux quatre angles de ma vie
Et mon visage brille aux horreurs du passé
et mon rire effroyable est fait pour repousser le spectre des lévriers traquant le marronnage
et ma voix qui pour eux chante
est douce à ravir
l'âme triste de leur por-
no-
gra-
phie
Et veille mon cœur
et mon rêve qui se nourrit du bruit de leur
dé-
gé-
né-
rescence
est plus fort que leurs gourdins d'immondices
brandis
(Léon Gontran DAMAS, Pigments, 1937)
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Shine
for Louis Armstrong
With others
from the neighborhood
a few rare friends
till now I've kept
the conical ancestral faith
high among the rafters of my hut
l'ancestrale foi conique
And the automatic arrogance
of masks
masks of living chalk
never has been able to remove
anything
ever
of a past
more hideous
here
at the four corners of my life
And my face gleams with the horrors of the past
and my dreadful laughter would repel
the specter of the hounds
pursuing runaways
and my voice wich sings for them
is sweet enough to soothe
the soul saddened by their
por-
no-
gra-
phy
And my heart keeps watch
and my dream feeding on the noise of their
de-
pra-
vi-
ty
is stronger than their clubs besmeared with foulness
(traduction en anglais de " SHiNE" par Ellen Conroy Kennedy in "Black World",
a Johnson publication, vol.XXI, n°. 3, january 1972)
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16zyenm simenn
dimanch 15yé
sanmdi 21
avril 2012
Nous les gueux
nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres
(Léon Gontran DAMAS, extrait BLACK-LABEL, p. 50-51, Gallimard)
Nou malfouti ké papouvé
nou ki pa pésonn
nou ki pa anyen
nou chyen lari
nou zo ké lapo
nou Nèg lapo tro nwè
Nou ki pa
menm gen ankò
nou prop lòdò
san gou jou maltchò tanlantan
Nou malfouti ké papouvé
nou ki pa pésonn
nou ki pa anyen
nou chyen lari
nou zo ké lapo
nou Nèg lapo tro nwè
Sa nou ka rété la asi ka antann
nou malfouti ké papouvé
nou ki pa pésonn
nou ki pa anyen
nou chyen lari
nou zo ké lapo
nou nèg lapo tro nwè
fè kousi nou tèt pa byen
voyé nou dlopisé lwen
ké bontchô
kont lavi
kouyon ké san pyès sans
yé ka fè nou mennen
pou nou malfouti ké papouvé
pou nou ki pa pésonn
pou nou ki pa anyen
pou nou chyen lari
pou nou zo ké lapo
pou nou nèg lapo tro nwè
(Léon Gontran DAMAS, moso Black-Label, p.-p. 50-51 )
Amòrfwazaj kréyòl : Françoise Loe-Mie
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15zyenm simenn
dimanch 8yé
sanmdi 14
avril 2012

Zimaj: "Blanchi", fresque réalisée par les élèves de l'école Gaëtan Hermine atè Kayenn.
Blanchi
Pour Christiane et Alioune Diop
Se peut-il donc qu'ils osent
me traiter de blanchi
alors que tout en moi
aspire à n'être que nègre
autant que mon Afrique
qu'ils ont cambriolée
Blanchi
Abominable injure
qu'ils me paieront fort cher
quand mon Afrique
qu'ils ont cambriolée
voudra la paix la paix rien que
la paix
Blanchi
Ma haine grossit en marge
de leur scélératesse
en marge
des coups de fusil
en marge
des coups de roulis
des négriers
des cargaisons fétides de l'esclavage cruel
Blanchi
Ma haine grossi en marge
de la culture
en marge
des théories
en marge des bavardages
dont on a cru devoir me bourrer au berceau
alors que tout en moi aspire à n'être que nègre
autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée
(Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962)
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14zyenm simenn
dimanch 1yé
sanmdi 7
avril 2012
Ils ont
ils ont si bien su faire
si bien su faire les choses
qu'un jour nous avons tout
nous avons tout foutu de nous-mêmes
tout foutu de nous-mêmes en l'air
Qu'ils aient si bien su faire
si bien su faire les choses
les choses
qu'un jour nous ayons tout foutu
nous ayons tout foutu de nous-mêmes
tout foutu de nous-mêmes en l'air
il ne faudrait pourtant pas grand'chose
pourtant pas grand'chose
grand'chose
pour qu'en un jour enfin tout aille
tout aille
aille
dans le sens de notre race à nous
de notre race à nous
il ne faudrait pourtant pas grand'chose
pourtant pas grand'chose
pas grand'chose
pas grand'chose
(Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962)
Pigments, avec une préface de Robert Desnos et un bois gravé de Frans Masereel. Paris: G.L.M. Éditeurs, 1937 pour la 1ère édition.
Ouvrage saisi et interdit en 1939 pour atteinte à la sûreté de l'État !!!
Édition définitive avec une préface de Robert Goffin et un dessin hors-texte de Max Pinchinat, Paris : Présence Africaine, 1962.
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13zyenm simenn
dimanch 25
sanmdi 31
mars 2012
Limbé
Pour Robert Romain
Rendez-les moi mes poupées noires Rendez-les moi mes poupées noires |
(Léon Gontran DAMAS, Pigments, Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 45)
Pigments, avec une préface de Robert Desnos et un bois gravé de Frans Masereel. Paris: G.L.M. Éditeurs, 1937 pour la 1ère édition.
Ouvrage saisi et interdit en 1939 pour atteinte à la sûreté de l'État !!!
Édition définitive avec une préface de Robert Goffin et un dessin hors-texte de Max Pinchinat, Paris : Présence Africaine, 1962.
12zyenm simenn
dimanch 18
sanmdi 24
mars 2012
Hoquet
Pour Vashti, et Mercer Cook
Et j'ai beau avaler sept gorgées d'eau
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance
dans un hoquet secouant
mon instinct
tel le flic le voyou
Désastre
parlez-moi du désastre
Parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils très bonnes manières à table
Les mains sur la table
le pain ne se coupe pas
le pain se rompt
le pain ne se gaspille pas
le pain de Dieu
le pain de la sueur du front de votre Père
le pain du pain
Un os se mange avec mesure et discrétion
un estomac doit être sociable
et tout estomac sociable
se passe de rots
une fourchette n'est pas un cure-dents
défense de se moucher
au su
au vu de tout le monde
et puis tenez-vous droit
un nez bien élevé
ne balaye pas l'assiette
Et puis et puis
et puis au nom du Père
du Fils
du Saint-Esprit
à la fin de chaque repas
Et puis et puis
et puis désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils mémorandum
Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe
dimanche
avec vos effets des dimanches
Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de Dieu
Taisez-vous
Vous ai-je ou non dit qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du Français
le français français
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils
fils de sa mère
Vous n'avez pas salué voisine
encore vos chaussures de sales
et que je vous y reprenne dans la rue
sur l'herbe ou la Savane
à l'ombre du Monument aux Morts
à jouer
à vous ébattre avec Untel
avec Untel qui n'a pas reçu le baptême
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils très do
très ré
très mi
très fa
très sol
très la
très si
très do
ré-mi-fa
sol-la-si
do
Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
à votre leçon de vi-o-lon
Un banjo
vous dîtes un banjo
comment dîtes-vous
un banjo
vous dîtes bien
un banjo
Non monsieur
vous saurez qu'on ne souffre chez nous
ni ban
ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
laissez donc ça aux nègres
(Léon Gontran DAMAS, pigments, éditions Présence Africaine)
11zyenm simenn
dimanch 11
sanmdi 17
mars 2012
La complainte du Nègre
Les jours inexorablement
tristes
jamais n'ont cessé d'être
à la mémoire
de ce que fut
ma vie tronquée
Va encore
mon hébétude
du temps jadis
de coups de corde noueux
de corps calcinés
de l'orteil au dos calcinés
de chair morte
de tisons
de fer rouge
de bras brisés
sous le fouet qui se déchaîne
sous le fouet qui fait marcher la plantation
et s'abreuver de sang de mon sang de sang la sucrerie
et la bouffarde du commandeur crâner au ciel.
(Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962)
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10zyenm simenn
dimanch 4
sanmdi 10
mars 2012
Obsession

Un goût de sang me vient
un goût de sang me monte
m'irrite le nez
la gorge
les yeux
Un goût de sang me vient
un goût de sang m'emplit
le nez
la gorge
les yeux
Un goût de sang me vient
âcrement vertical
pareil
à l'obsession païenne
des encensoirs
(Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962)
9yenm simenn
dimanch 26 févriyé
sanmdi 3 mars
2012
Ils sont venus ce soir

ils sont venus ce soir où le des yeux des yeux |
(Léon Gontran DAMAS, pigments, Présence africaine, 1962)
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8yenm simenn
dimanch 19
sanmdi 25
févriyé
2012
Un clochard m'a demandé dix sous
Moi aussi un beau jour j’ai sorti
mes hardes
de clochard
Moi aussi
avec des yeux qui tendent
la main
j’ai soutenu
la putain de misère
Moi aussi j’ai eu faim dans ce sacré foutu pays
moi aussi j'ai cru pouvoir
demander dix sous
par pitié pour mon ventre
creux
Moi aussi
jusqu’au bout de l’éternité de leurs
boulevards à flics
combien de nuits ai-je dû
m’en aller
moi aussi
les yeux creux
Moi aussi
j’ai eu faim les yeux creux
moi aussi j'ai cru
pouvoir demander dix sous
les yeux
le ventre
creux
jusqu’au jour où j’en ai eu
marre
de les voir se gausser
de mes hardes de clochard
et se régaler
de voir un nègre
les yeux ventre creux
(Léon G. Damas, Pigments, Névralgies, rééd. Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 39)
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7yenm simenn
dimanch 12
sanmdi 18
févriyé
2012
Il est des nuit
Pour Alejo Carpentier
Il est des nuits sans nom
il est des nuits sans lune
où jusqu'à l'asphyxie
moite
me prend
l'âcre odeur de sang
jaillissant
de toute trompette bouchée
Des nuits sans nom
des nuits sans lune
la peine qui m'habite
m'oppresse
la peine qui m'habite
m'étouffe
Nuits sans nom
nuits sans lune
où j'aurais voulu
pouvoir ne plus douter
tant m'obsède d'écœurement
un besoin d'évasion
Sans nom
sans lune
sans lune
sans nom
nuits sans lune
sans nom sans nom
où le dégoût s'ancre en moi
aussi profondément qu'un beau poignard malais.
(Léon Gontran DAMAS, PiGMENTS, Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 27)
6yenm simenn
dimanch 5
sanmdi 11
févriyé
2012
Comme un rosaire
s’égrène
pour le repos
d’une âme
mes nuits s’en vont
par cinq
dans un silence
de monastère hanté
(Léon Gontran DAMAS, Graffiti, Paris, Seghers, 1952)
5yenm simenn
dimanch 29 janvyé
sanmdi 4 févriyé
2012
Pour sûr
Pour sûr j’en aurai
marre
sans même attendre
qu’elles prennent
les choses
l’allure
d’un camembert bien fait
Alors
je vous mettrai les pieds dans le plat
ou bien tout simplement
la main au collet
de tout ce qui m’emmerde en gros caractères
colonisation
civilisation
assimilation
et la suite
En attendant
vous m’entendrez souvent
claquer la porte
(Léon Gontran DAMAS, PiGMENTS, Présence Africaine, 1972, 2003, 2005, p. 53)
4yenm simenn
dimanch 22
sanmdi 28
janvyé 2012

BLACK-LABEL À BOIRE
pour ne pas changer
Black-Label à boire
à quoi bon changer
TEL J'AI VU LE CiEL
partout Un le même
ni moins bleu
moins beau
ni moins gris
moins triste
avec ou sans nuages
BLACK-LABEL A BOIRE
pour ne pas changer
Black-Label à boire
à quoi bon changer
J'Ai SAOULÉ MA PEINE
ce soir comme hier
comme tant et tant
d'autres soirs passés
où de bouge en bouge
où de bar en bar
où de verre en verre
j'ai saoulé ma peine
Mort au cancre
au pou
mort au Chancre
au fou
et
sus au dévoyé
ont encore hurlé
ceux qui nombreux disent tous m'avoir à l'œil me regarder vivre
et ceux
ceux parlons-en
qui vagissent de rage et de honte
de naître aux Antilles
de naître en Guyane
de naître partout ailleurs qu'en bordure
de la Seine ou du Rhône
ou de la Tamise
du Danube ou du Rhin
ou de la Volga
Ceux qui naissent
ceux qui grandissent dans l'Erreur
ceux qui poussent sur l'erreur
ceux qui meurent comme ils sont nés
fils de singes
fils de chiens
Ceux qui se refusent un âme
ceux qui se méprisent
ceux qui n'ont pour eux-mêmes et leurs proches
que honte et lâcheté
Ceux qui renoncent une pleine vie d'hommes
d'être
autre chose qu'ombre d'ombres
Ceux qui se renient
se surveillent
se désespèrent
et se lamentent
Ceux qui se prennent eux-mêmes aux cheveux de ne point onduler
sous la brise embaumée
comme épis de blé d'or des pays tempérés qu'inventent les livres
Ceux qui voulant à leur nez qu'écrase tout le poids du Ciel
une forme moins plate
se le massent
le remassent au coucher
à la graisse de bœuf du Brésil
de Dominicanie
de Porto-Rico
du Venezuela
Ceux qui croient pouvoir s'amincir les lèvres
à se les mordre
jusqu'au sang
à longueur de journée
Ceux qui se traitent eux-mêmes
de sauvages
sales nègres
soubarous
bois-mitan
gros-sirop
guinains
congos
moudongues
fandangues
nangues
Ceux dont l'échine est veule
et le dos bastonné
et la fesse
bottée
Ceux dont l'attitude immuable d'esclaves
insulte à la sagesse antique et belle
de leurs propres Anciens
Ceux à qui la merveilleuse inconscience
fait zézayer de Père en fils
de fils en Pères
Zié Békés brilé zié Nègues
Il est dit que le Blanc aura toujours le nègre à l'œil
Ceux qui permirent le déracinement de DEUX CENT CiNQUANTE MiLLiONS des leurs
Ceux qui ordonnèrent les razzias
ceux qui obéirent à l'ordre de razzias
ceux qui dépistèrent les razziés
Ceux dont les Pères vendirent les fils à l'encan
et les fils à leur tour la Terre-Mère
ceux dont les frères donnèrent si gentiment la chasse à leur frères
Ceux qui se laissèrent prendre à ce jeu de famille
Ceux capturés vifs
et qui s'en réjouissant se dirent en eux-mêmes
Mieux vaut être chair rouge que gibier mort
Ceux qui ne virent dans la Mort
le salut de la Vie
Ceux qui s'en allèrent
bien dociles
à la file
le cou pris au carcan mayombé
Ceux dont la douceur
l'hébétude
l'inconscience
et la passivité
n'avaient d'égale
que l'arrogance
la sottise
la faconde
la vanité crépue
des dachys ouvrant la marche
des dachys fermant la marche au rivage
Ceux qui parvinrent exténués mais vivants au rivage
avant que d'avoir à quitter à jamais voiles au vent
les rives du Congo
du Gabon
du Bénin
de Guinée
de Gambie
de Gorée
Ceux qui ne s'étonnèrent de rien de voir un navire au large
Ceux dont les Ancêtres étampés
fleurdelisés
marqués de fer rouge
aux lettres du navire au Large
puis parqués
enchaînés
rivés
cadenassés
et calés
furent bel et bien du voyage
sans air
sans eau
sans fin
Ceux dont les Ancêtres furent jetés au cours du voyage
sans fin
sans eau
sans air
Ceux dont les Ancêtres
eurent la chair tout brûlée à vif
au-dessus des seins
sur les omoplates
sur le gras du bras
Ceux qui trouvèrent la pestilence commode
Ceux qui se laissèrent conduire par bordée sur le pont
Ceux qui au son de la vielle ou de la musette
se mirent à danser sous l'œil de la chiourme
le fouet de la chiourme
Ceux qui ne fomentèrent
nulle révolte
et celles
celles qui firent
avorter les révoltes
d'avoir eu non seulement
la matrice adulée
cajolée
dorlotée
ébranlée
mais encore
longue langue
langue longue
Ceux qui ne désarmèrent l'équipage
ceux qui ne firent feu sur l'équipage désarmé
et ne se rendirent maîtres après Dieu
de la barre et du gouvernail
mais bras croisés
l'oreille en proue
s'entendirent dire et lire
la sentence à mort
à mort la négraille
la valetaille
la racaille
Ceux que ma mémoire
retrouve encore Exil
assis de nos jours sur le pas de la case en bambou de lattes tressées
qui insulte au soleil éclatant des Antilles-Heureuses
d'être à jamais esclaves
Ceux que la Nuit surprend à se jouer du cul-de-pipe en terre rouge
des derniers Roucouyennes
du Pays de Guyane à mon cœur accroché
Ceux dont les yeux de chat-tigre
sont l'oreille
de la nuit de Rott' Pèye
de la nuit du Yan-man
ou de la nuit des isles à sucre
des isles à rhum
des isles à mouches
des isles à miel
des isles à ......
Ceux qui comptent les étoiles
Ceux qui se signent de grâce et d'effroi à l'étoile qui file
Ceux qui lisent dans les nuages
Ceux qui remercient le Ciel à tout vent
Ceux satisfaits d'eux-mêmes
qui se contentent de peu
se contentent de rien
Ceux dont l'estomac
depuis trois siècles et plus
fait envie ou pitié
moins envie que pitié
Ceux qui se nourrissent de morue et d'igname
de piment et de sel
tous les jours que Dieu fait
et que Dieu fait
sans vin sans pain
sans rien
d'autre
que souskaye à mangos
que mangos à souskaye
Ceux qui se lèvent tôt
pour que se lèvent tard
et se gavent
se dandinent
se pommadent
se désodorisent
se parfument
se lotionnent
se maquillent
se gargarisent
se congratulent
se jalousent
se débinent
s'enrichissent
d'autres
Ceux dont la sueur arrose
champ de cannes
de maïs
d'ananas
de bananes
Ceux dont la sainte résignation n'a d'égale
que le sacré mépris de l'Église où le Curé préfère
au blanc de blanc catholique et romain
un cul-sec de coeur de chauffe
des isles à sucre
des isles à rhum
des isles à mouches
des isles à miel
des isles à .....
des isles amènes
ainsi soient-elles
ainsi soit-il
Amen
Et sus au dévoyé
mort au cancre
au pou
mort au chancre
au fou
BLACK-LABEL A BOiRE
pour ne pas changer
Black-Label à boire
à quoi bon changer
(Léon Gontran DAMAS, extrait de BLACK-LABEL, p.-p. 14-23, Gallimard)
3zyenm lasimenn:
dimanch 15
sanmdi 21
janvyé
2012
Solde

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leur smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille
avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mon cou en cheminée d'usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu'un
J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leurs multiples besoin de singeries
J'ai l'impression d'être ridicule
avec tout ce qu'ils racontent
jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi
un peu d'eau chaude
et des gâteaux enrhumés
J'ai l'impression d'êre ridicule
avec les théories qu'ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson
J'ai l'impression d'être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion
(Léon Gontran DAMAS, Pigments, 1937, p. 41)
Solde chanté par Mister Love
2zyenm lasimenn:
dimanch 8
sanmdi 14
janvyé
2012
Savoir-Vivre
Pour Etienne Zabulon
On ne bâille pas chez moi
comme ils bâillent chez eux
avec
la main sur la bouche
Je veux bâiller sans tralalas
le corps recroquevillé
dans les parfums qui tourmentent la vie
que je me suis faite
de leur museau de chien d'hiver
de leur soleil qui ne pourrait
pas même
tiédir
l'eau de coco qui faisait glouglou
dans mon ventre au réveil
Laissez-moi bâiller
la main
là
sur le cœur
à l'obsession de tout ce à quoi
j'ai en un jour un seul
tourné le dos
(in: pigments, p.62, Présence africaine, 1962)
1ère semaine:
1yé
7
janvyé 2012
Il n'est plus bel hommage
il n'est plus bel hommage
à tout ce passé
à la fois simple
et composé
que la tendresse
l'infinie tendresse
qui entend lui survivre
(in: névralgies, p.77, Présence Africaine, 1964)
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Bibliographie
- "PIGMENTS NÉVRALGIES", Léon Gontran DAMAS, Editions Présence africaine, 1972, 2003 et 2005 - ISBN 978-2-7087-0720-7 -"BLACK-LABEL poèmes" , Léon Gontran DAMAS, Editions Gallimard, 1956, - ISBN2-07-021742-6.
- "BLACK-LABEL suivi de Graffiti et de Poèmes nègres sur des airs africains" , Léon Gontran DAMAS, Editions Gallimard, 1956, renouvelé en 2011 - ISBN 978-2-07-034396-6.
- "RETOUR DE GUYANE" , Léon Gontran DAMAS, Editions Jean-Michel Place, 2002, - ISBN 285893620X.
- "VEILLÉES NOIiRES" , Léon Gontran DAMAS, Editions Leméac , 1972, - ISBN 2708706632.
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