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André Fouad, ou l'obstination des mots Par GODSON MOULITE Source: Le National Oya! Oya! De tous les chants tatoués, André Fouad • Éd. Recto Verso• 2026 • 10 €. |
Pourquoi s'agripper à l'écriture poétique quand le genre n'occupe plus qu'une place minuscule et compte si peu de lecteurs ? Atteint-il seulement sa cible? S'accomplit-il?
Le dernier opus d'André Fouad répond à ces questions sans les poser. Dès les premiers passages, la perplexité se dissout. Les «grains de sable» qui «réécrivent complaintes» et les «testaments des archipels assoiffés de rosée revivifiée» disent à eux seuls pourquoi le poète creuse depuis tant d'années la terre de la parole. Il s'accroche aux mots, mais il ne leur prête aucun pouvoir de guérison. Comme tout vrai poète, il sait que ce qui fleurit sur la page d'encre ne guérira pas le monde. Il sait pourtant que le poème peut mettre le doigt là où il saigne. En cela, le poème s'accomplit, et il se croit, en cela, quitte de sa tâche.
On reconnaît d'emblée la voix familière: un discours engagé, un verbe d'une légèreté aérienne, et l'obsession constante d'être plus proche du rythme que de la métaphore. Le rythme est d'ailleurs le véritable sujet du recueil. À côté de l'exil, de l'amour, de l'insolence du monde et des îles, il compose une mémoire des styles musicaux. Le texte parle jazz, blues, bossa nova, et convoque la kora. Les «griots bantous» ressuscitent une «mémoire de marionnettes à tiges», tandis que des «riffs envoûtants» croisent «d'autres airs du Gwoka». Le livre est aussi un hommage à des virtuoses: Angélique Kidjo, Angus Young, Serge Gainsbourg, le Chilien Victor Jara.
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