Louis Sala-Molins
met les points sur les i

Noir et Français!

J’ai la peau claire et je ne m’en assombris pas.

La récente parution du livre de Géraldine Faes et Stephen Smith Noir et Français! (éd. Panama), modestement qualifié par les auteurs en quatrième de couverture de «Livre d’enquête et d’histoire» m’oblige à opposer la simple vérité à quelques mensonges grossiers, dont je fais les frais, proférés en cours... d’«enquête» en vue d’une fin dont j’ignore tout mais dont je fustige la malveillance au pire, la légèreté coupable au mieux.

Belle lurette que, dans la presse (notamment Libération), en d’autres livres (dont La vérité sur Dieudonné, d’Anne-Sophie Mercier, éd. Plon) et au creux de multiples voix des rumeurs incontrôlables d’Internet, mon nom, voire mon image, apparaissent accoudés à temps et à contretemps au nom et à l’image de Dieudonné et de quelques autres.

A temps, lorsqu’on se limite à rappeler que j’ai co-écrit, avec lui et une troisième personne (qui préfère rester dans l’ombre et qui a pourtant été l’élément essentiel de notre trio), le scénario d’un film intitulé «Code Noir» relatant dans toute son horreur le quotidien des esclaves noirs aux Antilles aux jours bénis où Louis XIV et son Colbert décidaient d’encadrer cet enfer avec le texte juridique que l’on sait.

Toujours à temps lorsqu’il est rappelé que ma présence dans l’élaboration de ce texte vaut «caution d’un universitaire» pour le sérieux historique de ce travail à trois mains et pour cela uniquement.

A contretemps lorsque, par goût du piquant, charme du raccourci et mépris de la vérité, je deviens, sans autre précision, «la seule caution universitaire» de Dieudonné et qu’on donne à lire cette belle phrase au beau milieu des rappels des trop nombreux dérapages de l’humoriste à propos du sionisme, de l’histoire du judaïsme, de la totalité des israéliens.

A contretemps et dans le mensonge total lorsque, dans Noir et français!, je deviens, avec le COFFAD, Dieudonné et la Tribu Ka, l’initiateur d’une «marche pour le respect» (page 266) le 22 mai 2005 au cours de laquelle «Kemi Seba empêche une leucoderme - Blanche - de s’exprimer à la tribune sur la Palestine» (page 198).

Dans le pur mensonge, et je ne sais à quelles fins - sauf à me faire apparaître comme un hurluberlu bon pour amuser la galerie - je suis (page 158) «le seul intervenant européen» au colloque ayant eu lieu à l’Unesco en mai 1998 à l’initiative du COFFAD, colloque dont les deux auteurs de cette «enquête» relèvent seulement, dans leur compte-rendu de deux jours de communications et débats, et pour mieux ridiculiser le tout, deux ou trois phrases excessives (il s’en dit toujours dans ce genre d’événements) ne caractérisant aucunement la tenue générale des communications.

Dans le mensonge éhonté et la pure volonté de nuire (je n’en vois pas d’autre), les deux «historiens-enquêteurs» écrivent froidement, à la suite immédiate de quatorze pages (pages 227-241) relatant les péripéties conceptuelles et de moins en moins supportables de Dieudonné: «A la même époque, Dieudonné présente au CNC un projet de film sur la traite des Noirs. Le scénario, coécrit avec Louis Sala-Molins» ( page 241). «A la même époque»: n’importe quel lecteur me verra donc bras dessus bras dessous avec Dieudonné jusqu’à ce matin, alors que ce travail en commun, dont je n’ai pas à rougir, a été mené à terme et enregistré «ne varietur» à la Société des Auteurs bien avant l’épisode Fogiel (le premier de la série, fin 2003), bien avant donc que l’humoriste militant et généreux avec qui je travaillais pour la plus noble des causes ne s’engage dans la pente qui le conduit inexorablement vers les avatars dans lesquels il semble de plus en plus se complaire.

Pour finir, les deux historiens-enquêteurs me rendent hommage à leurs corps défendant en rappelant, page 324, que j’ai eu l’honneur de préfacer le magnifique La férocité blanche de Rosa-Amelia Plumelle-Uribe (Albin Michel, 2001), dont ils banalisent le contenu avec dés élégances éléphantines.

De tout cela j’ai protesté auprès des deux auteurs en correspondance privée. Ils me répondent courageusement «divergences de vues» quand je mets sous leurs yeux ces traficotages, dont je sors défiguré. A chacun sa conscience. A eux la leur. A moi la mienne.

«Leucoderme» selon les esthètes matamores de la tribu Ka, je mène le bon combat pour la récupération de la mémoire et de l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage depuis le jour, il y a presque un quart de siècle, où j’ai commencé les recherches qui ont abouti à la publication du Code Noir ou le calvaire de Canaan (1ère édition: 1986), publication qui n’est pas pour rien, on me le concèdera, dans l’émergence de la mémoire que l’on sait.

Les combattants n’étions pas légion, à l’époque. Avec d’autres, courageux, de plus en plus nombreux, de mieux en mieux informés, je suis toujours sur la brèche. Je n’ai aucunement l’intention de déserter et j’ai l’habitude de répondre «présent» chaque fois qu’on me sollicite pour une escarmouche ou une bataille de plus longue haleine . Si d’aucuns supportent mal mon intransigeance, je revendique qu’elle résulte de mon souci de la récupération d’une histoire que je connais bien et d’une mémoire qui nous concerne tous, quelles que soient les couleurs de peau.

Ceci dit, comme beaucoup, je suis troublé par les dérives racialisantes ou carrément racistes des comportements et des choix idéologiques de certains. Dont je ne suis pas. Dont je n’ai jamais été. Dont je ne serai jamais, sauf naufrage dans la folie...

Contre les bavardages, les calomnies, les amalgames, la force incontrôlable des rumeurs, l’arrogance de ceux qui se proclament historiens et enquêteurs, je demande à chacun de ceux dont les préoccupations sont proches des miennes, de ne pas douter du sérieux de mon comportement au front.

Louis Sala-Molins

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Esclavage et engagisme: Peut-on juridiquement envisager de ne pas réparer? un texte de Louis Sala-Molins.

 

 
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