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Merci à
Patrick Karam !

Raphaël CONFIANT
 

Je n’ai jamais rencontré Patrick Karam de ma vie. Les quelques fois où cela aurait pu se faire, en Martinique ou en en France, un incident de dernière minute, empêchait que nous fassions connaissance en chair et en os. Nos contacts se sont donc résumés au téléphone et au courriel, contacts intenses, réguliers et surtout chaleureux. J’ai ainsi pu apprécier à la fois l’homme et sa formidable capacité de travail au service d’une cause et d’une seule: celle des Antillais et des descendants d’Antillais vivant en France. J’ai mesuré aussi son dévouement et son désintéressement puisque le COLLECTIF-DOM qu’il a créé de toutes pièces ne le rémunérait pas alors même qu’il s’en occupait quasiment à plein temps et avait dû mettre ses propres activités professionnelles en veilleuse.

Qu’est-ce qui faisait courir Patrick Karam, Guadeloupéen d’ascendance syro-libanaise?

Certains, adversaires déclarés de sa personne, n’ont cessé de clamer qu’il recherchait un poste électif et qu’il se servait de la cause antillaise pour faire avancer ses propres intérêts. A les entendre, Sarkozy ne manquerait pas de le nommer quelque part un jour ou l’autre. Ou alors Ségolène Royal puisque Patrick Karam, dans sa défense de la cause antillaise, n’a jamais privilégié un camp par rapport à un autre, taisant du même coup ses préférences politiques. Ce qui explique que Victorin Lurel, le très socialiste président du Conseil Régional de la Guadeloupe, n’ait jamais craint de s’afficher avec lui dans tous les combats que Patrick Karam et le COLLECTIF-DOM ont eu à mener.

Maintenant qu’il a démissionné de la présidence du COLLECTIF-DOM et n’a donc plus de valeur marchande, si je peux risquer cette expression, que diront ses détracteurs? Ceux qui, outre le fait de l’accuser d’être un opportuniste politique, l’ont dénigré dans sa personne même. L’ont accusé d’être «un Blanc». Lui ont dénié le droit en tant que tel de diriger «une association de Nègres». La bêtise noiriste n’a pas de limites. Elle sert le colonialisme français d’où la promotion, par le biais médiatique, de cette coquille vide qu’est le CRAN et l’extrême tolérance envers la version hard du CRAN à savoir LA TRIBU KA qui n’a absolument pas été inquiétée par la police bien que certains de ses membres aient paradé à la rue des Rosiers, dans le quartier juif de Paris, roulant les mécaniques et menaçant les habitants de l’endroit de représailles. Tout juste M. Sarkozy s’est-il contenté de dissoudre ce quarteron d’illuminés et son site-web. Ce qui ne les empêche évidemment pas de continuer leurs activités.

En fait, politologue de formation, spécialiste des anciens territoires musulmans de l’ex-URSSS (Khazakstan, Turkménistan etc.), Patrick Karam avait compris que ce qui faisait défaut aux Antillais de France, c’était tout simplement un lobby. Toutes les communautés d’origine étrangères installées en France en possèdent un : Juifs, Arméniens, Portugais, Maghrébins et, plus récemment, Chinois et Négro-Africains. Un lobby consiste d’une part à tisser des liens avec les membres influents de la communauté (hommes politiques, médecins, artistes, chefs d’entreprise etc.), au-delà de toute affiliation partisane, et ensuite à pousser ces mêmes membres à peser sur les décisions de l’Etat avec l’appui de la communauté globale. Or, les Antillais, malgré la multitude d’associations qu’ils ont mis sur pied ou peut-être à cause d’elles, puisque la plupart sont vouées au «bal-boudin», n’ont jamais pu ni se constituer en communauté et encore moins monter un lobby. Malgré des personnalités brillantes dans tous les domaines, ils n’ont jamais réussi à avoir une quelconque influence politique. Vous êtes français, bouclez-la! disait sans le dire ouvertement l’administration beaucoup plus attentive aux desiderata des communautés juive, arménienne, arabe ou chinoise.

Cet à cet entre-deux débilitant, ni tout à fait français ni tout à fait étranger, que le COLLECTIF-DOM a cherché à mettre fin. Avec un succès certain. Du coup, certains détracteurs ont accusé Karam de chercher à diviser Antillais et Africains comme si le seul fait d’avoir la peau noire faisait de ces deux communautés une seule et même entité. Comme si un Antillais immigré originaire de Basse-Pointe ou de Vieux-Habitants partageait la même culture et avait les mêmes problèmes qu’un Malinké musulman! En réalité, Patrick Karam rejoignait tout simplement la position de Claude Ribbe, Antillais de France, à savoir qu’en tant qu’arrière-petits-fils d’esclaves, nos compatriotes ne pouvaient être assimilés à des gens qui ne l’avaient jamais été. La République a une dette envers nous qui est sans commune mesure avec celle qu’elle ont contracté envers les Africains. Et nous appuyant sur cette dette immense, nous devons peser de toutes nos forces, par le biais d’un lobby puissant, sur le corps politique français, toutes tendances confondues pour qu’il rende justice aux nôtres.

Ainsi ai-je compris le combat mené par Patrick Karam et ai admiré sa ténacité et son abnégation. Je ne suis pas de son bord politique et d’ailleurs, je ne partage pas du tout sa vision d’une communauté antillaise unique comportant les immigrés plus les 2è ou 3è générations. Selon moi, de même qu’un Beur, Français d’origine arabe, ne peut être confondu avec un immigré arabe, un Black, Français d’origine antillaise, ne saurait l’être avec un immigré antillais. Chose qui n’empêche nullement des solidarités ponctuelles et des luttes menées en commun. Le combat des Beurs et des Blacks est d’obtenir les mêmes droits que leurs compatriotes gaulois et leur combat est totalement justifié. Ce combat ne doit pas entraver la lutte de libération nationale des Antillais. Il ne doit pas être un obstacle à l’autonomie, puis à l’indépendance de nos pays. Tout confusionnisme en la matière est dangereux. Mais au-delà de cette divergence d’appréciation, je tiens à dire MERCI à Patrick Karam au moment où il quitte la direction du COLLECTIF-DOM.

MERCI DE TON ABNEGATION, CHER PATRICK! Je suis sûr que ceux qui t’accusaient hier de rechercher un poste vont se retrouver comme nègres- alibi dans le gouvernement de Sarkozy ou de Royal. Le strapontin qu’ils t’accusaient de vouloir occuper, c’est à eux qu’il reviendra. Ce jour-là, peut-être nous rencontrerons-nous enfin en chair et en os pour rire autour d’un verre de tafia.

HONNEUR ET RESPECT !
 

 
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