En Savoie, hommage de la France au
général Alexandre Dumas, ancien esclave

Claude Ribbe
 

Général Dumas
Victoire du général Dumas au col du petit Saint-Bernard.

Samedi 24 juin 2006, la République française a rendu un hommage officiel au général Alexandre Dumas (1762-1806), ancien esclave et père du célèbre écrivain. Cet hommage a eu lieu en Savoie, à 2200 mètres d’altitude, au col du Petit Saint Bernard, à l’endroit même où, en 1794, le héros antillais, commandant en chef de l’armée des Alpes, à la tête de 45'000 hommes et 18 généraux, avait triomphé de l’armée royaliste piémontaise.

La commémoration a eu lieu à l’initiative de la FACIM (fondation d’action culturelle internationale en montagne) présidée par M. Hervé Gaymard, vice-président du Conseil général de Savoie, en présence de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de l’écrivain Claude Ribbe, président de l’association des amis du général Dumas, représentant par ailleurs le Collectif des Antillais, Réunionnais et Guyanais. Dans son discours, quelque peu chahuté par quelques indépendantistes de la Ligue savoisienne, le ministre a réaffirmé avec beaucoup de fermeté l’attachement de la République française au refus de toute distinction de couleur et il a rendu hommage à celui qui a su dépasser sa condition d’ancien esclave pour devenir le premier général antillais de l’histoire de France. Rattachant explicitement  l’hommage rendu au général Dumas à la commémoration de l’esclavage du 10 mai 2006, M. Donnedieu de Vabres n’a pas occulté le caractère criminel du rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802 et des lois raciales qui ont frappé le général Dumas.

Une plaque a été dévoilée en son souvenir.

Général Dumas

Cette première étape de la reconnaissance officielle d’un grand héros français est le résultat de quatre années de lutte de Claude Ribbe, biographe du général Dumas (Alexandre Dumas, le Dragon de la Reine, éditions du Rocher, 2002). En 2002, M. Christian Poncelet, président du Sénat, avait invité Claude Ribbe à prononcer une allocution sur le général Dumas lors des cérémonies de transfert au Panthéon des cendres de son fils. Mais en 2005, le Haut comité des célébrations nationales, sous la pression de quelques historiens, avait refusé d’inscrire sur la liste des commémorations officielles le vainqueur du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis, malgré les protestations de Claude Ribbe et du Collectif DOM et malgré l’intervention de nombreuses personnalités dont le ministre de l’Outre-mer. La reconnaissance officielle du ministre de la Culture et l’hommage rendu par les Chasseurs alpins à leur créateur met un terme à quelques mois d’ambiguïté qui avaient amené le sénateur de la Drôme, Bernard Piras, à interpeller M. Donnedieu de Vabres.

D’autres hommages au général Dumas auront lieu au cours de l’année 2006. M. Bertrand Delanoë, maire de Paris, doit faire connaître à la fin du mois de juin le nom du sculpteur désigné pour remplacer, place du général Catroux à Paris, la statue du général Dumas, abattue par l’occupant nazi.

Au moment où la France se prépare à accueillir officiellement M. René Préval, président de la République d’Haïti, l’association des amis du général Dumas, présidée par Claude Ribbe, exauçant un vœu de l’écrivain Alexandre Dumas, se propose pour sa part d’offrir aux Haïtiens une copie de la statue parisienne du général et des milliers de livres de l’auteur des Trois Mousquetaires.

 Claude Ribbe

Général Dumas
Renaud Donnedieu de Vabres et Claude Ribbe.
crabe

Hommage terni au Général DUMAS en Savoie

Samedi 24 juin, au Petit-Saint-Bernard (Savoie), M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, a rendu, en présence de Claude Ribbe, qui représentait le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais (Collectifdom), et du 7e bataillon de Chasseurs alpins de Chambéry, un hommage éclatant légitime au général Dumas, général français de la Révolution, né esclave et originaire de l’Outre-mer.

Cet hommage résultait d’un long combat mené par Claude Ribbe soutenu par le Collectifdom.

Au cours de la cérémonie, des indépendantistes de la Ligue savoisienne ont cru utile de protester contre l’hommage rendu au général Dumas qui permit à la Savoie de rester française en 1794, mais en qui ils ne voient que le représentant de l’ «impérialisme français».

Ils ont tenté de rendre inaudible le discours du ministre qui honorait le général antillais. Le ministre lui-même a été insulté, ainsi qu’un ancien résistant qui venait de recevoir la Légion d’honneur. La Marseillaise a été sifflée.

Le Collectifdom proteste vivement contre de telles exactions et de telles insultes faites tant aux symboles de la République qu’à l’Outre-mer. Quelles qu’en soient les raisons, ces manœuvres révoltantes pour empêcher de rendre hommage à un grand général Français doivent être condamner avec la plus grande fermeté.

Patrick KARAM
Président
www.collectifdom.com

Général Dumas
Bourg-Saint-Maurice (Savoie), 22 juin 2006. La municipalité et les Chasseurs alpins dévoilent le tableau de Pingret représentant la victoire du général Dumas en 1794.
crabe

Visite de René Préval, hommage au général Dumas

Demain, 28 juin 2006, René Préval, élu président de la République d’Haïti le 7 février denier, arrivera à Paris pour une visite officielle de trois jours, au cours de laquelle il sera reçu par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, les ministres de la Défense et de la Coopération, ainsi que par le maire de Paris et par M. Abdou Diouf, responsable de la francophonie.

Au cours de son séjour, M. Préval recevra diverses personnalités politiques françaises parmi lesquelles M. François Hollande pour l’opposition. L’amitié que je porte aux Haïtiens, héritiers de la colonie où la France déporta un million d’esclaves, héritiers des hommes et des femmes, alors citoyens français, qui résistèrent victorieusement au rétablissement de l’esclavage programmé par Napoléon, n’est pas un mystère. La visite de René Préval intervient à point nommé où la France reconnaît enfin parmi ses héros le général Alexandre Dumas, né esclave à Jérémie.

J’ai beaucoup lutté, depuis quatre ans, pour cette reconnaissance. Et cette lutte souvent ingrate, appuyée par mes amis du Collectif Dom, a été victorieuse. Il y a trois jours, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, dans un discours très engagé, a rendu hommage au père de celui qui devait devenir l’écrivain français le plus lu dans le monde.

Demain, M. Bertrand Delanoë, maire de Paris, annoncera le nom de celui dont le projet de statue sera retenu. Cette statue sera érigée place du général-Catroux à Paris, en face du consulat d’Haïti, là où se trouvait une autre statue du général, abattue il y a plus de soixante ans par l’occupant nazi, avec la collaboration de certains Français, ancêtres de ceux qui aujourd’hui voient dans l’esclavage la responsabilité des Africains, ancêtres de ceux qui ont refusé d’inscrire le bicentenaire du général Dumas sur la liste des commémorations nationales françaises, ancêtres de ceux qui, lorsqu’ils croisent un Antillais ne voient qu’un «noir» antiblanc, ancêtres de ceux qui rêvent de voir ces « noirs » disparaître du paysage français, ancêtres de ceux qui sifflent la Marseillaise si d’aventure elle est jouée pour rendre hommage à ;l’un de ces «noirs».

En 1838, l’écrivain Alexandre Dumas, dont les cendres ont été transférées au Panthéon par décision du président de la République française, formait le vœu qu’une statue fût érigée à Paris en mémoire de son père. Ce sera bientôt chose faite. Il voulait aussi qu’un copie de cette statue fût érigée sur une des places de Port-au-Prince et transportée sur place par un bateau de la Marine nationale. À travers l’association des Amis du général Dumas que je viens de créer, je me propose d’exaucer la seconde partie de ce voeu et d’offrir à la république d’Haïti, non seulement une réplique de la statue qui sera inaugurée à Paris, mais des milliers de livre de l’auteur des Trois Mousquetaires, pour contribuer à l’effort d’alphabétisation engagé dans ce pays. Je forme l’espoir que le gouvernement (et notamment les ministres de la Culture et de la Défense) ainsi que le maire de Paris m’aideront à réaliser ce projet, bien évidemment soutenu par le Collectif Dom, que j’exposerai dès demain M. René Préval, président de la République d’Haïti.

Claude Ribbe

crabe

Lettre de l’écrivain Alexandre Dumas adressée
aux Haïtiens à propos de son père (1838)

«Mes chers compatriotes…

Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25'000 francs.

Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs:
Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25'000 F, se monte à 40'000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter. Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve [Alexandre Dumas vient de perdre sa mère] et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France.» - Alexandre Dumas, 5 août 1838

crabe

René Préval à Paris au siège d'Haïti Tribune

28 juin 2006

René Préval, président de la République d’Haïti, prédécesseur et successeur de Jean-Bertrand Aristide, est arrivé à Paris pour une visite officielle de deux jours et j’ai eu le plaisir d’être parmi les premières personnes à l’accueillir au cours de la réception organisée au siège du journal Haïti Trubune par son rédacteur en chef, Fleurimond Kerns, entouré des figures emblématiques de la communauté haïtienne. Le président a décidé d’aller au Panthéon déposer une gerbe devant la plaque apposée en mémoire de Toussaint-Louverture et devant le tombeau d’Alexandre Dumas, fils du vainqueur du Petit-Saint-Bernard, héros franco-haïtien. Le président haïtien est tout particulièrement sensible à la réhabilitation du général Dumas dont il pourra s’entretenir avec Jacques Chirac et Bertrand Delanoë au cours de son séjour. Au cours du XVIIIe siècle, la France a déporté un million d’Africains en Haïti pour les y réduire en esclavage. Dès 1793, Haïti a provoqué l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises puis taillé en pièces l’armée de Napoléon qui voulait le rétablir neuf ans plus tard.

Claude Ribbe

 
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