Potomitan

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Annou voyé kreyòl douvan douvan

Griffures

José Le Moigne

Mangroves. Photo Francesca Palli

1
J’accoste quelquefois
reptile avare de son cri
qui écache les herbes
comme un rêve affolé
de son propre vertige

2
Solitude
petite sœur autiste
au sourire de marâtre
qui arrache les roses
des croisillons antiques
pour essaimer la nuit
de fleurs vénéneuses
aux arômes brutaux

3
Ne pas croire que la pluie
résorbe la poussière
que la glèbe sous le soc
signe la renaissance
que l’été qui revient
va enterrer les ombres

4
Ne me dites surtout pas
que je renie le monde dont les contours
se délitent dans la peine
infinie de l’automne

5
Heurter du front
le diable à tête rase
courber l’échine
dans la rosée malsaine
battre sa coulpe
pendant des heures
et faire le dos rond

6
Être celui qui passe
pagayant lourdement
dans les mangroves obscures
emporté par le flux
invisible des âmes

7
Ne pas être la tombe
du moins si c’est possible
mais l’éclat de silex
qui offre à la caverne
la promesse du feu

8
Faire parler le clocher
lui demander combien
de guerres
d’armistices et de paix
a sonné son bourdon
et s’il ne s’ennuie pas
à présent qu’il préside
au grand vde des âmes

9
Et la mer
avec ses pleins et ses déliés
de printemps mal cousus
la mer qui drosse sur les plages
l’espérance des hommes
amie
ennemie
ou voyeuse passive ?

10
Et le gris
Et le vert
Des galaxies défuntes
Les reflets d’obsidienne
Des talus arasés
Les remugles de souffre
Qui montent de l’estran

11
Je ne fuis pas la transcendance
je ne fuis pas les dieux
qui secouent comme ils peuvent
les restes de leurs mues

12
Frère corbeau qui me hèle
Du haut du sémaphore
Épargne mon voyage

© José Le Moigne
2026

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 Viré monté