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Mémoire et Sentiment

Michel-Ange Hyppolite

Le Nouvelliste - 29 janvier 2007

Lèt Ife ak Soul

Aux Editions «Productions Koukourouj», Michel-Ange Hyppolite publie, pour le plaisir des littérateurs francophones, créolophones et anglophones, «Lèt Ife ak Soul». Recueil de lettres échangées entre deux protagonistes où percent la nostalgie, l'amour et des rêves d'enfance, ce livre exprime dans sa simplicité le bonheur intimiste des moments perdus.

On peut choisir de le lire dans l'une des trois langues ou dans les trois simultanément. Une façon de mesurer soit la justesse de la traduction, soit la plasticité d'une langue par rapport à l'autre dans l'expression poétique.

Recueil de liberté de ton où la prose se marie à la poésie, «Let Ife ak Soul» traduit la quête d'un homme qui, engagé depuis des années dans le rythme trépidant des terres étrangères, se souvient de son pays, de ses paysages et de sa langue. Le lecteur ne tombe pas dans le folklorisme avec la proximité du vocabulaire local (marasa, monben, siwèl, sitwonèl et autres katafal...)

Il retrouve des repères géographiques (Morne l'Hôpital, Source de Turgeau). Mais aussi, en cette ballade entre New-York, New-Jersey, Montéal, il comprend ce qu'il faut appeler la «dilatation de l'espace» et ses effets au niveau de la mémoire et des sentiments. «Quand la lassitude broie mes os, j'ouvre les portes de ma mémoire pour y laisser revenir les ondes lumineuses de nos promesses d'antan.»

Cette recherche de lumière est compréhensible chez l'auteur qui vit depuis de longues années «sur un sol glacial». «Le soleil de New-York marche sur sa tête tandis qu'à Montéal nous oeuvrons sur des patinoires», souligne-t-il. On se souvient de René Philoctète qui écrivait: «Je reviens de mes giboulées du Nord. Le soleil que j'ai bu est froid comme la mort.» Cette température et ses contraintes physiques sont portées par Michel Ange Hyppolite comme un fardeau. «Je titube», se lamente-t-il.

La littérature universelle est marquée par le genre épistolaire qui est rare dans les lettres haïtiennes. Michel Ange Hyppolyte inaugure un peu en ce sens. Il a étudié la biologie et l'éducation. Cet homme de science et professeur méthodique se laisse aller souvent au lyrisme. Dans «Ife» les sentiments et les souvenirs priment. Dans la mythologie haïtienne Ife est le lieu où se rencontrent tous les esprits. Soul serait -ce l'âme de ces derniers dont l'auteur tente de saisir les plus subtiles expressions?

C'est un livre de chevet.

Viré monté