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à Marie Flore
«Sous les mots, au-delà du silence, nous nous cherchons.
Par le sang, par le songe, par le corps et par l’esprit,
Amants désarmés nous nous défions»
(Georges Emmanuel Clancier)
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de l’amour tu
je dis qu’elle est la joie de l’amitié / le murmure de l’aveugle né
pour un premier baiser sous l’étale des grands vents
je dis cette femme qui ouvre grand son cœur au poète et aux mots
qu’elle est le commencement et la fin des épisodes sans faim
je dis qu’elle est l’amie l’ensorceleuse que j’aime pétrir dans mes nuits
la dernière mais la solitaire qui rend justice à l’amour
je dis Femme que voici est ma fierté au-delà de chaque cœur
elle est ma raison d’aimer pour aimer
ma passion et ma douleur mon plaisir
de compagnon des mots et de la chair
je parle d’une femme délivrée des contraintes du pollen
une fleur à taille humaine
femme du sang et des sens
que je salue de mon plus petit doigt
vorace et carnassière de ma chair
mordue au large des villes du désir
ma figurine
tu as toujours voulu partager le pain de l’amitié
le sang de ton innocence illimitée dans la douleur
tu m’as offert un lit plus grand que la folie des hommes
un toit plus rassurant que la défaite d’un condamné
mais n’entre plus dans ma solitude infidèle
quand je dois oublier mes tourments plus vastes
que l’écho de la rumeur d’un cimetière abandonné
et sois polie avec les mots égarés à mes lèvres
avec les plis de mon corps rassasié de plaisirs
plaisirs d’en haut plaisirs d’en bas que je ne veux pas oublier
ni cette promesse en moi fermée aux yeux de l’enfance
je dis cette femme que j’ausculte dans sa fièvre
dans sa chair torturée sans un cri réel
sinon cette offre à l’amour d’accueil et au plaisir d’hiver
le lait de ses yeux où se dresse le soleil
où chaque plainte de femme amoureuse annonce
la joie annonce la fin d’un épisode
je parle de cette femme qui a tous les mérites
sinon l’honneur d’être partisan de l’homme
et de ses mots à l’appétit féroce
de l’homme et de ses mots qui étonnent le cœur et le panorama
des fleurs
la foule et les plus pauvres
le débauché et ses femmes à genoux
le clan des amis sincères et l’aveugle au-delà de sa blessure
ne répète plus ma condamnée
que les mots te sont interdits
que mes mots sont une larme entre deux rives
que mes mots font rougir l’épousée
que mes mots ont le parfum total de la fraternité humaine
ce que je veux que tu gardes dans ton cœur
c’est le battement de tout un peuple
notre peuple démesuré où il y a lieu de raconter
sa longue marche à la liberté définitive
ses révolutions qui font et défont les orties
son alphabet et sa syntaxe qui réchauffent les cœurs
ses vieux poètes et toutes ses vierges folles après la pluie
ses vieux marins et ses camps de militaires sans reproches
ses vigoureux nègres et ses ivrognes insupportables à l’office
ses historiens ses ethnologues aux yeux des fables dénaturées
ses essayistes ses romanciers qui aident à reconquérir la vie
à chaque appel d’homme éclairé du lieu de sa naissance
ce que je veux que tu gardes davantage dans ton cœur
c’est mon passage à l’horizon de tes lèvres
c’est mon degré d’amant sauvage et lacunaire
ce sont mes mains qui connaissent bien l’aura de ta peau
le midi et la transparence de ta venue sur terre
pourrais-je (moi) oublier la pratique à tes cantiques
d’enfant adaptée aux empreintes de l’amour
à chaque minute qui a froid
à chaque paupière ouverte sur le temps
à chaque souvenir répété dans mon calendrier de poète
sois davantage douce à chaque matin passé entre tes jambes
à chaque mouvement de serpent maladroit dans sa vieillesse
à chaque pas d’un enfant maltraité à l’échelle animale
à chaque sourire d’une femme désolée que j’aimais
dans ma déchéance ma solitude
mon point de ralliement
ma dérision
purifie-moi avec l’hysope Ô ma haute retraite
ma bien-aimante que j’ai gagné à la loterie des cœurs
délivre-moi de cette douleur de t’aimer
à chaque pas d’un écolier
à chaque offrande de la femme au mendiant
à chaque geste de l’enfant aux indigents
mais ne me répète point
ô ma contrariée
que mes yeux invaincus te soulèvent au contact de l’orchidée
que mes caresses multipliées boivent ton ombre
que le bout de tes seins mendie le pain et le fruit défendu
qu’un refus de toi est synonyme de désirs
ô ma sacrifiée
toi qui m’éternises dans l’exaltation des délires
dans la nuit votive des gestes sans fin
dans l’accomplissement de tout ce qui est de l’homme
aimé dans ses frissons et ses métamorphoses
toi qui me permets de dissuader le temps bonifié
sans la primauté des fleurs et des chimères
en toi je vois la ville et les ruelles en couleurs
la fonte des neiges écarquillées aux yeux des hommes
pour toi je gagne le large et ses indifférences
malgré l’écho sur ta route et ta nudité qui trahit
la camaraderie des saisons aux bocages des tyrans
entends ce que la nuit dit au matin
que j’écoute le vent et ses réponses à n’en plus finir
que ma timidité d’homme de cœur fait honneur à la nuit
que je me lie si bien au matin où les corps font place à la ruée des rêves
d’avoir goûté le sel de ton sang et de tes sens
touché tes os ta peau ta marée basse
d’avoir été si cruel dans mes gestes et si doux dans mes veillées nocturnes
senti ta sueur et le lait de tes joues
d’avoir interrompu notre marche à l’amour
répété l’algèbre et tous ses chiffres qui lient les hommes
je me plie à ton cœur qui bat au dernier mot des vivants
je te dessine pour oublier la femme de ta première ressemblance
pour toi l’éternelle vivante l’enfant de la joie
dois-je partager toutes les fractions de ton cœur
ta beauté et tes lointains calvaires
ton cheminement vers les premiers matins de ma vie
tes convoitises de la fable et de l’homme
ta découverte dans la passoire de mes derniers baisers
ta virulence de femme fatale qui fait peur
vraiment peur
à cet amour que nul n’aura
vécu
Montréal (Saint-Léonard),
Trois jours précédant la fin du mois de juin
de l’an deux- mille quatre
par Saint-John Kauss

