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Et si je n’étais que miroir

Jean André Constant

quand maman me disait
qu’il fallait tenir les poupées
hors de portée des filles
je jurais qu’une bombe
ne pouvait guère
avoir le sexe d’une poupée
je jurais que les poupées
étaient anonymes
inoffensives

ah que les poupées sont dangereuses
elles pètent au visage des filles
elles pètent dans la dignité des filles
elles grignotent la dignité des filles
elles blessent la liberté des filles
elles explosent d’assaut contre les filles

mais certaines les filles savent
comment essaiment les tristes solitudes
en territoire trop encerclé 
elles savent comment essaime
l’indifférence en absence de soi 
elles savent combien essaime la routine
et ses insectes d’indulgence
dans le cimetière de l’amour fumeux

ah que grandes sont devenues les filles
avec leurs pièges de poupées
dans l’arrière-cour de leurs rêves
elles signalent une lutte de femme
de longue haleine
de longue portée

puis les femmes aussi deviennent
des poupées
aussi dangereuses  que leurs jouets
des poupées qui ne sont guère
à la portée des hommes
(contrairement à la loi de la nature fumiste)
elles éclatent de liberté
par la cour
par derrière les tribunaux
elle foutent le feu
ne serait-ce que petit feu
dans le creux de leurs misères  

certaines d’entre elles vomissent la douleur
en pressant sur le gland sensible
de leurs amants inaperçus et libertaires
et se foutent de leurs bourreaux cocus

et me voilà témoin
et complice du geste
qui fait bruler les poupées
au cœur éclatant du piège
au cœur claquant mécontent
du bonheur fabriqué
dans l’industrie des mystères 

 

Viré monté