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Mots d’allégeance

Jean André Constant

o femme d’avant-garde
tu as arraché le palmier le baiser
A une longue pause d’anxiété

Femme de grande allégeance
Femme d’allégeance sans égale
A la prudence envers les nuits bavardes
Tu as cette tendre façon d’esquiver les faucons
Du désespoir et de l’emballement  

Femme de sable brun des déserts
Prête-moi ton allégeance
dans l’élan de notre départ d’Arizona
Et ce départ me parle de toi vive
dans toute la splendeur de l’attente

ce départ imprime l’instabilité
à mes yeux
à mes regards
ta démarche et danse élégantes
dans l’obscurité
impriment à ce départ
le sens d’un baiser de colombe infini 

oh je rêve ce baiser
tant je me sens prisonnier
des horloges
de mes toujours et  parfois
je me sens prisonnier de moi-même
imprimé de ta beauté en souvenir

ce baiser raté
prisonnier de sa prudence-mère 
me fait tout aussi prisonnier des aubes
de dernière heure

Femme de grande allégeance
Femme d’allégeance sans égale
Aux pas lents des enfants amazoniens
Et au sourire des insectes en sieste  

Ah ce sourire se nourrit des roses
Dont la beauté n’est pas assez étalée
Sur le banc des accusés amoureux

Femme de grande allégeance
Femme d’allégeance sans égale
Aux visages incolores en quarantaine
Et au nombril des griots charmant le soleil
Je te prête mon masque sans visage de Senghor
Je te prête ma voix sortant à peine du garage
Pour le rythme qui balance tes seins de princesse
Car ton projet de beauté prudente
A besoin d’un creux de main pure d’alcaline
D’une voix immuable d’enfance stable

Femme de grande allégeance
Témoins de la pierre sèche assaillie
Et qui pourtant  ne rapporte rien
Par jalousie ni à la pluie
Ni à la fleur survivant à peine dans la pénombre

J’admets ta fiction dans le pulpe 
D’un fruit mur et séculaire
J’admets ton enquête sur la romance
Des acajous bleus et des poètes d’outremer  

Femme de grande allégeance
Femme d’allégeance sans égale
Je ne te dirai pas assez
Mon amour pour les oiseaux absents
Et pour les yeux du guitariste vertical

Je ne te dirai pas assez mon requiem
pour le corps que j’étais
Et sa tunique ridée de moustiques

o grande femme d’avant-garde
Je prête allégeance à tes pertes
Et ta peur des amulettes

Je m’y reconnais  

Hartford, 27 aout, 2007

 

Viré monté